Déclaration de femmes érythréennes à Londres
8 mars 2003

Nous participons aujourd’hui à cette conférence contre la guerre pour supporter le Global Women’s Strike. Nous connaissons les conséquences de la guerre, et la situation ne fera qu’empirer si les États-Unis attaquent l’Irak.

Nous sommes des femmes érythréennes, qui luttons pour notre liberté depuis plus de 40 ans. La guerre entre l’Éthiopie et l’Éritrée a débuté en 1961 – nous voulions l’indépendance et l’Éthiopie voulait les ports, parce qu’ils n’avaient aucun accès à la mer. Nous nous sommes battus pour notre liberté pendant 30 ans et avons finalement obtenu notre indépendance en 1991.

Au fil des ans, au-delà de soixante-dix mille combattants de la liberté furent tués et au-delà de dix mille furent mutilés à la guerre. Nous voyons nos filles, nos fils, nos soeurs et frères, nos mères et nos pères mourir sous nos yeux. Encore une fois, une nouvelle guerre entre voisins signifie que plusieurs autres mourront. Trop de sang a déjà été versé.

Un plus grand nombre d’Érythréens fut poussé à l’exil en 1998, quand l’Éthiopie déclara la guerre au sujet du conflit de la frontière de Badme. Ils affirmaient que cette terre était la leur et voulaient y revenir pour nous diriger et prendre nos ressources – des terres fertiles, des diamants, de l’or. Au moins 19 millions de soldats sont morts à la guerre. Mais le nombre total de décès, incluant les civils, est inconnu. Plusieurs centaines de milliers devinrent des réfugiés.

Certaines femmes qui s’étaient réfugiées en Éthiopie pendant la dernière guerre furent soudain ciblées. Plusieurs furent chassées du pays sans leurs biens et sans argent. D’autres furent arrêtées, violées et torturées par la police éthiopienne. Des mères dont les enfants étaient nés en Éthiopie furent expulsées en Érytrée sans famille pour subvenir à leurs besoins. Leurs enfants ne connaissaient rien de ce pays.

Après la guerre de frontière avec l’Éthiopie, plusieurs commencèrent à se rendre compte que le nouveau gouvernement érythréen n’était pas du côté du peuple.

Les gens s’opposèrent au gouvernement de différentes façons : certains s’engagèrent dans le combat armé, d’autres se mobilisèrent pour promouvoir ensemble un changement et furent forcés à travailler clandestinement. Le gouvernement emprisonna et tortura plusieurs personnes. Certains disparurent et furent assassinés. Pour cette raison, plusieurs d’entre nous durent fuir le pays, laissant derrière des êtres chers qui avaient été enlevés ou conscrits dans l’armée.

La chose la plus difficile, pour une mère, est de devoir abandonner ses enfants et sa famille. Nous souffrons constamment, ne sachant pas s’ils sont toujours vivants. Il est impossible de mettre des mots sur nos plus profonds sentiments, parce qu’il est impossible de parler et qu’il n’y a pas moyen de savoir ce qui leur est arrivé. Pour celles qui sont restés en Érythrée, les risques de mourir sont très grands. Celles dont les familles vivent toujours en Érythrée n’osent pas s’informer, de peur que leurs familles ne soient mises en danger si les autorités découvrent qu’ils cherchent asile dans un autre pays. Des milliers de familles furent forcées de quitter l’Érythrée. Plusieurs sont morts en route dû à des maladies graves, ou encore à des morsures de serpents. D’autres se sont noyés en tentant de s’échapper par la mer vers un endroit plus sûr. Il est trop difficile de parler des souffrances que ces gens ont dû endurer.

En tant que femmes, nous souffrons plus que les hommes parce que nous donnons nos enfants chéris à la guerre et les voyons morts ou blessés sous nos yeux. Il est si déchirant de voir de telles atrocités. Les hommes peuvent souvent s’enfuir seuls mais nous ne pouvons partir, parce que nous devons veiller sur nos enfants et sur les personnes âgées ou malades de nos familles et communautés.

Celles qui ont de l’argent peuvent payer pour quitter notre pays et demander l’asile dans des pays comme l’Angleterre. Mais tant d’autres n’ont pas la chance de s’enfuir. Quatre-vingt-cinq ou même 90 % restent dans des pays comme le Soudan, la Lybie et l’Éthiopie. Au Soudan seulement, on pouvait compter des centaines de milliers de réfugiés érythréens. Certains ont été recueillis et aidés par des membres de leur famille, mais la plupart ont dû survivre sans aide et sans abri.

Plusieurs d’entre nous se réfugièrent d’abord au Soudan. Pour celles qui n’étaient pas musulmanes, cela fut très difficile – même si elles changeaient de noms et de religion. Par exemple, les femmes devaient porter un foulard de tête (Terha) afin de ressembler à des femmes musulmanes, sans quoi les gens auraient sû que nous étions chrétiennes et nous auraient ciblées, enlevées ou même tuées. Nous avons été aux prises avec de nombreux problèmes; sans nourriture, sans endroit où dormir, sans d’argent et sans aide. Plusieurs tombèrent malades et moururent. Personne ne s’inquiète du sort qui nous est réservé. Nous avons très peur.

Il y a trop de guerre dans le monde – elle perdure depuis plus de 40 ans, en Érythrée. Nous voulons que nos enfants se rendent à l’école, pas à la guerre. Nous voulons la paix, après une longue guerrre meurtrière!

Les gouvernements ont divisé les Érythréens et les Éthiopiens. Par exemple, une femme dont le père est Érythréen et une la mère Éthiopienne (ou le contraire) fut chassée de l’Éthiopie par le gouvernement. Elle est maintenant sans pays – elle a toujours vécu en Éthiopie. Elle n’avait nulle part où aller et vint en Angleterre y chercher une sécurité mais elle s’est vu refuser l’asile et a été menacée de déportation dans un pays qu’elle n’a jamais connu. Ce sont les gouvernements qui supportent les divisions et la haine, et non pas les peuples. Nous ne voulons pas la guerre et les divisions, nous voulons vivre en paix et en sécurité. Nous avons besoin de nourriture, de conduites d’eau et de soins de santé, particulièrement pour les personnes souffrant de handicaps, les enfants blessés par les mines terrestres et ceux qui ont perdu leurs enfants à cause de la guerre et les mères dont les enfants sont morts à la guerre.

Plusieurs Érythréens sont réfugiés au Royaume-Uni. Tout comme les réfugiés provenant d’autres pays, nous sommes victimes d’hostilités de la part des blancs, et même d’autres demandeurs d’asile – particulièrement ceux à qui on a déjà accordé le statut de réfugié- et de gens de couleur qui sont nés en Bretagne. Les femmes, spécialement, souffrent :

·          Une jeune femme vivait dans une maison d’hébergement. Quand elle atteint ses 19 ans, elle fut mise à la porte sans aide ni assistance pour se trouver un nouveau foyer. Elle se cache maintenant dans les chambres d’autres femmes dans les maisons d’hébergement ou encore dans les églises, dormant parfois dans les égouts. Les cas comme le sien sont nombreux.

·         Des femmes qui ont été violées et torturées sont placées dans des maisons d’hébergement mixtes et ont extrêmement peur d’être violées à nouveau. Quand elles se plaignent, on menace de les séparer de leurs amis, de leur communauté et de leurs ressources.

·         D’autres femmes et un homme âgé de 35 ans, qui ont été ainsi dispersés, se sont suicidés.

·         Certaines femmes préfèrent mourir que de souffrir encore – plusieurs sentent que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue.

·          Nous sommes traités des pires noms et blâmées – « maudits réfugiés » - quand nous allons à l’hôpital et dans les grands centres commerciaux. Ne comprenant pas la langue parlée ici, nous prenons plus de temps à la caisse, retardant les autres clients et ces derniers se mettent en colère contre nous.

Personne ne sait à quel point nos familles, nos foyers et nos amis nous manquent. Si nous n’avions pas à craindre la mort et la guerre, nous préférerions retourner dans notre pays que de subir la vie à laquelle nous devons faire face ici.

Déclaration d’une jeune Érythréenne de 15 ans

Déclaration de femmes érythréennes à Londres, 8 mars 2003

« Bidonville » au HCNUR
La Grève mondiale des femmes se joint aux manifestations de la Journée européenne d'action pour les droits des immigrant/es et des demandeuses et demandeurs d'asile.

Pourquoi les revendications des femmes ont-elles été retirées du Manifeste de la Journée européenne d’action pour les droits des immigrant/es et des demandeuses et demandeurs d’asile ?

La quatrième grève mondiale des femmes

Autres documents en Français

Accueil