Les FEMMES de SANTA FE, ARGENTINE prennent la parole

Devant la situation toujours plus grave de notre peuple, nous avons la responsabilité, et aussi l’espérance toujours renouvelée que nos voix soient entendues.

Voici notre proposition. Syndicat des Femmes au foyer, Santa Fe, 17 janvier 2002

MANIFESTE DES FEMMES

Nous sommes les femmes qui travaillons hors de la maison et recevons les salaires les plus bas et celles qui ne travaillons qu’à la maison et ne recevons aucun salaire.

Nous sommes les femmes qui devons envoyer nos fils et nos filles aux soupes populaires parce que n’avons pas de quoi leur donner à manger et, si nous en avons, nous ne savons pas pour combien de temps encore.

Nous sommes les mères dont les enfants ont dû abandonner l’école, et celles dont les enfants ont pu demeurer à l’école, mais qui, aujourd’hui, quittent le pays parce que l’éducation qu’ils ont reçue ne leur permet pas de trouver du travail.

Nous sommes les femmes qui faisons la queue devant les hôpitaux à l’aube attendant de recevoir des soins, et nous sommes les retraitées et pensionnées qui, bien qu’ayant la sécurité sociale, ne pouvons en bénéficier car elle a fait faillite à cause des gouvernements successifs.

Nous sommes les femmes immigrées de l’intérieur du pays ou d’autres pays latino-américains parce que nous n’y avions pas de quoi manger, et qui nous retrouvons encore plus discriminées dans les quartiers de taudis.

Nous sommes les adolescentes qui ne voulons pas être mères aussi jeunes, mais qui sont privées de choix, nous sommes les femmes adultes qui voulons un présent meilleur pour nous et un futur meilleur pour nos filles, et nous sommes aussi les femmes âgées mises à l’écart à cause de notre âge et qui devons nous occuper de nos petits-enfants parce que leurs parents ne peuvent pas subvenir à leurs besoins.

Nous sommes les paysannes qui, depuis l’enfance, avons travaillé la terre qui aujourd’hui est offerte à la vente aux enchères.

Nous sommes les femmes qui n’avons jamais rien eu, et celles qui avions déposé dans une banque les épargnes de toute une vie qu’on veut aujourd’hui nous voler.

Nous sommes celles qui souffrons la violence à l’extérieur et à l’intérieur de la maison.

Nous sommes les femmes discriminées à cause de la couleur de notre peau, parce nous sommes travailleuses domestiques ou travailleuses de l’industrie du sexe, ou à cause de notre préférence sexuelle.

 

Nous sommes chacune et toutes les femmes

de Santa Fe, d’Argentine, d’Amérique Latine. . .

 

NOUS, LES FEMMES, NOUS CONSTRUISONS UN PRÉSENT ET UN FUTUR MEILLEUR !

Nous voulons une vie différente pour nous et nos familles, une vie où les priorités sont le bien-être des gens plutôt que les poches des capitalistes de toujours, la dignité des personnes et la justice sociale plutôt que la charité accordée pour obtenir un soutien politique, la transparence plutôt que la corruption. Nous savons que cela est possible.

POUR CES RAISONS NOUS EXIGEONS :

. Que l’argent retiré des droits de l’exportation pétrolière ne serve pas à sauver les banques, et que le pays ne s’endette pas davantage à cette fin auprès des organismes de crédit internationaux.

. Que les banques, hypermarchés et entreprises privatisées versent des contributions patronales pour réactiver l’économie du pays.

. Que l’on impose les produits de consommation de luxe et non pas les produits essentiels.

AVEC CES ENTRÉES DE FONDS ET AVEC CE QUI PEUT ÊTRE RETIRÉ DU NON PAIEMENT DE LA DETTE EXTERNE :

. Que l’on instaure une allocation d’assurance-chômage pour les chefs de famille au chômage (hommes ou femmes).

. Que les femmes aient priorité pour recevoir les allocations distribuées par l’entremise des plans pour l’emploi, sans que les femmes n’aient à effectuer du travail communautaire pour les recevoir; ainsi les mères les plus pauvres avec cinq ou six enfants ou plus auront la possibilité d’en prendre soin.

. Que l’on paie un salaire pour le travail de s’occuper des personnes, car ce travail de soins que font les femmes et les filles est une activité prioritaire qui doit être reconnue et rémunérée.

. Que l’on reconnaisse la valeur sociale et productive des femmes au foyer par une pension.

. Qu’une allocation soit payée pour chaque enfant; pour s’assurer que l’argent soit utilisé pour le bien-être de l’enfant, cette allocation doit être payée à la mère.

NOUS EXIGEONS ÉGALEMENT :

. Que les épargnes des petits/es déposants/es soient remboursées. Ces épargnes sont souvent constituées des indemnisations reçues suite à des mises à pied. Ces pertes aggravent davantage la situation de ceux qui n’ont pas de quoi survivre.

. Que l’on suspende les ventes aux enchères des terres des petits/petites propriétaires qui ont dû s’endetter en raison des prêts bancaires usuriers et à cause de la perte de la valeur de leur production.

POUR GARANTIR LA TRANSPARENCE IL EST INDISPENSABLE :

. Que la Cour Suprême qui a protégé la corruption et violé les droits constitutionnels les plus élémentaires soit mise en procès.

. Que les familles des 35 assassinés lors des journées du 19 et 20 décembre 2001 obtiennent justice.

. Que les plans pour l’emploi soient soumis à un audit et au contrôle social des femmes de chaque quartier pour qu’ils ne soient pas utilisés à des fins politiques par ceux qui négocient avec les besoins des plus pauvres.

Nous soumettons ces propositions à toutes les femmes et nous vous invitons à exprimer votre opinion, à discuter, à soulever des objections, à faire des propositions, et à ne plus permettre que l’on décide à notre place. Rassemblons-nous dans les quartiers, dans les organisations auxquelles nous appartenons ou celles où nous sommes actives, et discutons des alternatives et des propositions, faisons-les circuler par tous les moyens à notre disposition : courrier, média, téléphone, "bouche-à-oreille".

Bien que les femmes aient toujours été présentes dans les luttes populaires, des révoltes indigènes et contre l’esclavage du temps de la conquête, jusqu’au mouvement des mères sous la dictature et le " cacerolazo ", on ne nous a pas écouté et nos revendications ont toujours été reportées à plus tard, en raison de besoins "plus urgents".

D’autres femmes d’Amérique Latine et du monde font aussi résonner leurs casseroles non seulement pour soutenir le peuple argentin, mais aussi pour elles-mêmes, parce qu’au-delà des réalités nationales, nous les femmes avons des besoins et des revendications communes. Notre pouvoir réside dans notre autonomie. Jamais nous ne permettrons à quiconque de nous dire quoi penser ou quoi faire. Nous savons quels sont nos besoins et ceux de nos familles, nous trouverons toutes ensemble la voie pour construire un pays et un monde qui tiennent compte des besoins des gens, au lieu de satisfaire l’avidité des entreprises.

Avec toute l’énergie, l’intelligence et la passion dont nous sommes capables, nous les femmes, défendons la dignité et l’avenir que nous méritons. Joignez-vous à nous, invitez d’autres femmes à se joindre à nous. Pour que l’on entende notre voix et nos propositions dans chaque quartier, dans chaque village, dans chaque ville. Dites-nous ce que vous faites, ce que vous proposez, comment vous vous organisez.

NOTRE CENTRE DES FEMMES A SANTA FE : rue Francia 3036, Tél : 0342-4530216, 0342-4960808 E-mail : izanutig@gigared.com nkreig@arnet.com.ar

SAC assure la coordination de la Grève mondiale des femmes en Argentine et fait partie de WinWages (réseau international des femmes pour un salaire pour les soins aux personnes). SAC demande que l’on envoie des e-mails à Reutemann, gouverneur de la province de Santa Fe, pour soutenir ses revendications. Pour obtenir plus d’informations contacter SAC ou voir le site web de la Grève mondiale des femmes : http://womenstrike8m.server101.com

WinWages: Centre des femmes Crossroads,
230ª Kentish Town Rd, Londres NW5 2AB
Tel: 020 7482 2496 Fax 020 7209 4761
Email:
centre@crossroadswomen.net

Traduction : Frida ROCHOCZ

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