Le 23 novembre 1999

Chères soeurs,

Invitation à participer à la Grève mondiale des femmes du 8 mars 2000

Nous vous invitons ainsi que vos familles, amies et collègues à participer à la Grève mondiale des femmes lors de la Journée internationale des femmes, le 8 mars 2000. Vous participez peut-être déjà à la marche mondiale organisée par la Fédération des Femmes du Québec, Canada. Nous avons communiqué avec les femmes de la Fédération et celles-ci ont bien accueilli notre proposition de combiner nos activités et de s’appuyer mutuellement.

La grève, dont l’appel a été lancé il y a près d’un an par le National Women’s Council of Ireland (le Conseil national des femmes d’Irlande), a été mondialisée par la Campagne pour un salaire au travail ménager et le Réseau international les femmes comptent, coordonné par la Campagne. Des femmes provenant de plusieurs pays ont lancé la Grève mondiale des femmes lors de la conférence de la Commission sur le statut de la femme de l’ONU à New York en mars 1999.

La Grève met en lumière l’énorme contribution des femmes à chaque société et à chaque économie. Ce sont les femmes qui font marcher le monde, qui élèvent et prennent soin de toute sa population. Pourtant, la plupart du travail que nous faisons n’est ni rémunéré, ni reconnu, ni valorisé. Cette absence de reconnaissance économique et sociale est une injustice sexiste fondamentale qui dévalorise les femmes et tout ce qu’elles font, notamment en maintenant nos salaires de 25 à 50% inférieurs à ceux des hommes. En fait, bien que quelques femmes aient pu accéder aux salaires élevés des gestionnaires, le fossé entre le salaire des femmes et celui des hommes ne cesse de s’élargir. Au Mexique, par exemple, depuis l’entrée en vigueur de l’Accord sur le libre-échange nord-américain – une politique d’égalisation vers le bas que les gouvernements essaient d’étendre à l’ensemble de l’Amérique central et du Sud – le salaire des femmes est passé de 70% du salaire des hommes à tout juste un peu plus de 50%. Tandis que dans les pays du Sud les allocations et autres programmes sociaux n'existent pratiquement pas, dans les pays du Nord on les coupe, niant ainsi aux femmes le droit à des allocations qui constituent un paiement pour le travail de prendre soin des autres et tout autre travail non rémunéré que nous faisons.

Vous pourrez constater sur le tract ci-joint que nous revendiquons un millénaire qui valorise le travail et la vie de toutes les femmes. Les femmes et les filles ont besoin et ont droit à une réduction de notre travail et à une reconnaissance financière de notre énorme contribution. Moins de travail, plus de temps, plus de ressources. Notre travail peut être reconnu et notre fardeau de travail peut être diminué de bien des façons, que ce soit en acquérant des droits sur la terre que nous cultivons et des fours solaires qui fonctionnent vraiment ou encore par un plus grand accès aux services de santé, de garde des enfants, de transport, d’éducation et aux technologies… Ce n’est pas l’argent qui manque, mais la volonté politique de changer les priorités du monde. La différence entre les dépenses militaires – 700 milliards de dollars par année – et les sommes consacrées aux besoins élémentaires – 20 milliards de dollars par année – est plus qu’éloquente.

Des quatre coins du monde, les femmes répondent à l’appel de participation à la Grève mondiale des femmes et proposent un nombre infini de moyens d’arrêter ce travail, qu’il soit rémunéré ou non. La grève est le meilleur moyen de rendre visible la contribution, les besoins et les revendications des femmes, parce que quand les femmes s’arrêtent de travailler, tout s’arrête ! Et tout le monde pourra le constater.

Il ne s’agit pas de la première grève des femmes. Le 24 octobre 1975, les femmes en Islande ont pris une journée de congé et tout le pays s’est arrêté. En 1985, elles célébraient le dixième anniversaire de leur grève avec un autre jour de congé, tandis que des femmes dans 24 pays ensemble prenaient aussi du Temps libre pour demander que soit reconnu tout le travail non rémunéré. Elles ont célébré avec des foires, des conférences, des manifestations, des café-rencontres et d’autres événements pour les femmes. En 1991, en Suisse, les femmes ont fait une grève nationale. Cette année, c’était au tour des femmes de la ville de Mexico : le 22 juillet, des millions de femmes ont envahi les rues pour revendiquer la reconnaissance du travail ménager non rémunéré qu’elles font, sans doute inspirée par les femmes du Chiapas qui ont été à la tête de la lutte pour protéger leurs communautés contre l’Accord du libre-échange et l’armée. Il y a certainement eu d’autres grèves des femmes dont nous ignorons l’existence et la Grève mondiale des femmes permettra peut-être de les rendre visibles.

Les activités autour de Temps libre ont permis aux veuves en Zambie d’acquérir des droits en matière d’héritage, à des employées de cafétéria et de bureau d’université en Angleterre de gagner un congé payé, et à de nombreuses femmes de pouvoir utiliser gratuitement des installations de loisirs. La grève en Islande a aussi permis aux femmes d’accroître leur pouvoir de négocier dans plusieurs domaines, des salaires en passant par les garderies.

Les femmes ont exigé de bien des façons une reconnaissance du travail non rémunéré qu’on attend de nous et que, la plupart du temps, nous sommes obligées de faire. Les mères se sont battues pour obtenir des congés de maternité payés et des allocations sociales afin d’avoir les moyens de refuser les emplois les plus mal payés et d’élever leurs enfants. Au Minnesota aux États-Unis, (le plus riche pays du monde où n’existe toutefois ni allocations de maternité ni allocations familiales), les femmes mariées se voient offrir une modeste somme d’argent si, plutôt que de reprendre leur emploi salarié, elles choisissent de s’occuper de leurs enfants au cours des deux premières années de la vie de l'enfant. Partout dans le monde, chaque femme, célibataire ou mariée, lesbienne ou non, devrait avoir ce choix.

L’objectif de la grève n’est pas la promotion de quelques unes. Nous en avons assez d’investir nos espoirs dans des femmes qui nous demandent de les appuyer à gravir les échelons de la hiérarchie économique et politique en nous promettant de s’occuper de nos problèmes lorsqu’elles auront atteint une position de pouvoir. En fait, les femmes qui ont gravi l’échelle du pouvoir ont été utilisées contre nous pour masquer le mépris des gouvernements qui sacrifient nos vies aux besoins implacables du « marché ». En Angleterre, en Irlande du Nord, en Écosse et au Pays de Galles, nous sommes gouvernées par un parti qui a fait élire 101 femmes députés. Pourtant, elles ne sont pas intervenu quand on a coupé l’argent aux mères monoparentales. Un grand nombre d’entre nous devons faire la double journée de travail sans que nous ne nous rapprochions jamais de l’équité salariale dans les emplois salariés. Une loi qui vient d’être adoptée rend les femmes victimes de viol, en particulier les demandeuses d’asile, encore plus vulnérables, et pourtant seulement une députée a voté contre cette loi. Le mouvement des femmes apprend à distinguer entre les ambitions personnelles de quelques femmes et le chemin de la libération pour toutes les femmes et la transformation complète de la société.

À l’aube de l’an 2000, de plus en plus de gens prennent conscience qu’une telle transformation est vitale : le monde ne peut plus fonctionner comme ça longtemps. Des guerres, des famines et des maladies à l’effet de serre et autres catastrophes écologiques, du racisme aux autres formes d’exploitation, la technologie la plus avancée n’a pas accru le bonheur et le bien-être pour la grande majorité d’entre nous et a souvent eu des conséquences désastreuses, comme en font foi la contestation du commerce des armes et des aliments génétiquement modifiés. Les femmes et les filles en exigeant des valeurs sociales et économiques différentes peuvent arrêter le monde et commencer à le changer de façon radicale.

Pour publiciser la Grève, des femmes membres de l’AMARC (Association mondiale des radiodiffuseurs communautaires) diffusent une réclame radio conçue en espagnol que vous pouvez traduire dans votre langue pour votre réseau.

Certains syndicats ont commencé à répondre à l’appel de la Grève. Les hommes et garçons sont également invités à la soutenir. Veuillez nous contacter pour suggérer vos idées sur les moyens que les femmes peuvent prendre pour participer à la Grève, et pour être rémunérées pour tout le travail qu’elles font, que ce soit avec du temps, de l’argent, des terres, des logements, des services de santé, de garde, d’éducation et des technologies... Dans la vague de mobilisation pour la Grève, les femmes en Irlande font campagne pour que le 8 mars, Journée internationale des femmes, soit un jour de congé férié et payé à partir de l’an 2000.

Vous pouvez nous contacter par la poste, par email, par fax ou par téléphone. Le tract comporte un espace permettant d’ajouter ses propres revendications quelle qu’elles soient et les coordonnées permettant de rester en contact et de se tenir mutuellement au courant sur les façons dont nous envisageons de participer à la grève.

Le tract ci-joint est, jusqu’à présent, disponible dans les langues suivantes : allemand, arabe, basque, bengali, catalan, chinois, espagnol, français, gaélique, gujarati, hindi et italien. D’autres traductions sont en cours. S’il vous faut plusieurs exemplaires de ce tract ou si vous pouvez le traduire dans votre langue, faites nous le savoir.

Nous pouvons vous fournir de très jolis T-shirts, des badges et des cartes postales arborant le graphique de la Grève en anglais. Pour vous les procurer, contactez-nous – il y a des réductions pour les achats en gros.

En espérant recevoir de vos nouvelles très bientôt.

Pouvoir aux soeurs pour arrêter le monde et le changer !

Yolanda Benito

Mujeres por un Salario para el Trabajo sin Sueldo (Espagne)

(Femmes pour un salaire pour le travail sans salaire)

Apartado 109, 08080 Barcelona

Margaretta D'Arcy

Women Count Network (Irlande) (Réseau les femmes comptent)

10 St Bridget's Place Lower, Galway

Selma James

International Wages for Housework Campaign (Angleterre)

(Campagne internationale pour un salaire au travail ménager)

Crossroads Women's Centre, 230A Kentish Town Rd, London NW5 2AB

Margaret Prescod

International Black Women for Wages for Housework (États-Unis)

(Internationale des femmes noires pour un salaire au travail ménager)

PO Box 86681, Los Angeles, California 90086-0681

JINGLE

Arrêtez le monde et changez-le.

Participez à la Grève mondiale des femmes le 8 mars 2000.

Je m’appelle Malika,

Je suis une femme d’un pays du Sud et chaque jour je marche six heures pour aller chercher l’eau

Je fais grève pour exiger qu’on annule la dette du Tiers-monde.

Je vous le dis tout net, j’en ai vraiment assez de l’exploitation.

Je m’appelle Madeleine,

En tant que mère, je demande que toutes les femmes soient payées pour le travail que nous faisons à prendre soin des aînés et à éduquer les enfants.

C’est pour ça que je suis en grève.

Je m’appelle Solange,

Je suis lesbienne, un légitime désir

S’opposer à la lesbophobie – quel boulot !

Alors moi j’fais la grève.

Je m’appelle Fabienne,

Je travaille dans l’industrie du sexe et je fais la grève pour que mon travail soit respecté et que mes droits de travailleuse soient reconnus.

Je m’appelle Fatou,

Je suis Noire et immigrante. J’en ai assez d’avoir à travailler contre le racisme

Et je veux ce travail reconnu.

En grève !

En grève !

Arrêtez le monde et changez-le.

Participez à la Grève mondiale des femmes le 8 mars 2000.

Pour un millénaire qui valorise le travail et la vie de toutes les femmes.

(Chanson en arrière-plan)

En grève

Une centaine en grève.

Un millier en grève.

Je fais la grève.

Je la fais pour elles,

et elles la font pour moi.